Villon 

 
   

Item, j’ordonne à Sainte Avoie,
Et non ailleurs, ma sépulture ;
Et, afin que chacun me voie,
Non pas en chair, mais en peinture,
Que l’on tire mon estature
D’encre, s’il ne coûtait trop cher.
De tombel ? rien : je n’en ai cure,
Car il grèverait le plancher.
 
Item, veuil qu’autour de ma fosse
Ce qui s’ensuit, sans autre histoire,
Soit écrit en lettre assez grosse,
Et qui n’aurait point d’écritoire,
De charbon ou de pierre noire,
Sans en rien entamer le plâtre ;
Au moins sera de moi mémoire,
Telle qu’elle est d’un bon folâtre :
 
 
                   Épitaphe
 
Ci-gît et dort en ce sollier,
Qu’amours occit de son rayon,
Un pauvre petit écolier,
Qui fut nommé François Villon.
Oncques de terre n’eut sillon.
Il donna tout, chacun le sait :
Tables, tréteaux, pain, corbeillon.
Galants, dites en ce verset :
 
 
          Verset ou rondeau
 
Repos éternel donne à cil,
Sire, et clarté perpétuelle,
Qui vaillant plat ni écuelle
N’eut oncques, n’un brin de persil.
Il fut ras, chef, barbe et sourcil,
Comme un navet qu’on ret ou pèle.
Repos éternel donne à cil.
Rigueur le transmit en exil
Et lui frappa au cul la pelle,
Nonobstant qu’il dit : « J’en appelle ! »
Qui n’est pas terme trop subtil,
Repos éternel donne à cil.

 

   

Item, j’ordonne a Sainte Avoye,
Et non ailleurs, ma sepulture ;
Et, affin que chascun me voie,
Non pas en char, mais en painture,
Que l’on tire mon estature
D’ancre, s’il ne coustoit trop chier.
De tombel ? riens : je n’en ay cure,
Car il greveroit le planchier.
 
Item, vueil qu’autour de ma fosse
Ce qui s’ensuit, sans autre histoire,
Soit escript en lettre assez grosse,
Et qui n’auroit point d’escriptoire,
De charbon ou de pierre noire,
Sans en riens entamer le plastre ;
Au moins sera de moi memoire,
Telle qu’elle est d’ung bon follastre :
 
                   EPITAPHE
 
CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,
QU’AMOURS OCCIST DE SON RAILLON,
UNG POVRE PETIT ESCOLLIER,
QUI FUT NOMMÉ FRANÇOYS VILLON.
ONCQUES DE TERRE N’EUT SILLON.
IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET :
TABLES, TRESTEAULX, PAIN, CORBEILLON.
GALLANS, DICTES EN CE VERSET :
 
 
          VERSET OU RONDEAU
 
REPOS ETERNEL DONNE A CIL,
SIRE, ET CLARTÉ PERPETUELLE,
QUI VAILLANT PLAT NI ESCUELLE
N’EUT ONCQUES, N’UNG BRAIN DE PERCIL.
IL FUT REZ, CHIEF, BARBE ET SOURCIL,
COMME UNG NAVET QU’ON RET OU PELLE.
REPOS ETERNEL DONNE A CIL.
RIGUEUR LE TRANSMIT EN EXIL
ET LUY FRAPPA AU CUL LA PELLE,
NON OBSTANT QU’IL DIT : « J’EN APPELLE ! »
QUI N’EST PAS TERME TROP SUBTIL,
REPOS ETERNEL DONNE A CIL.