Juke-Box à PoésieGeorges RodenbachDouceur du soir !...

Douceur du soir et de la lampe qui s’allume !
C’est la fin d’un veuvage et la fin d’un exil ;
Douceur ! quand le soir vient, le jour au cœur naît-il ?
Ah ! créer à son gré chez soi ce clair de lune !
 
Douceur du soir et de la lampe calme et bonne ;
On se sent tout à coup la face d’un élu ;
L’âme s’éclaire ; elle renonce et ne s’adonne
Qu’à démêler les écheveaux des angélus.

Qu’est-ce encor que ces bruits, au loin, qui continuent ?
Le silence aux conseils de l’ombre cède enfin ;
C’est l’heure tiède où l’on devient un peu divin...
Des nénuphars sont nés parmi les glaces nues.
 
Un ecclésiastique amour de la douceur
Revêt comme de lin pascal et d’innocence ;
On se semble approcher de la fin d’une absence,
Ou veiller le sommeil d’une petite sœur.
 
La lampe perce un peu les mystères ; on voit
Des signes éclater dans la demeure obscure.
Est-ce qu’un oiseau blanc s’est posé sur le toit ?
On dirait tout à coup qu’on habite une cure.
 
Douceur ! La lampe met dans l’âme un temps de mai
Et des clartés d’argent fluide où l’âme trempe ;
Le clair de lune fait les grands lys se pâmer ;
L’âme, ce lys aussi, se pâme au clair de lampe.


Lionel Peintre
musique : Jean Cras
(entendre sur Deezer)