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Principes, en vrac« Comment j’ai lu certains de mes livres » Je suis de ceux qui pensent (position facile, diront certains) que « la vraie beauté ne s’explique pas », dédaignent d’analyser leur goût (ou peinent à l'analyser), et ne conçoivent que cette forme muette de la critique qui se contente de sélectionner et désigner les chefs-d’œuvre. « Il y a très peu de grands poètes, et la plupart des grands poètes ont le plus souvent écrit très peu de beaux poèmes. » (Jean-François Revel). À sa mise en chantier, ce « Florilège » n’était destiné qu’à son auteur : c’était d’ailleurs à une époque, il y a plus de 20 ans, où il n’était pas question pour un premier venu d’envisager de publier un tel ouvrage. Mais vint Internet. Il y a plus de 15 ans que « Florilège » s’y promène. Depuis, d’année en année, j’augmente, peaufine, renouvelle ce choix. (Avec le rêve d'en faire une « version papier », au moins pour mon propre plaisir.) Cependant je fais en sorte qu’il me reste personnel : pas question d’en faire un fourre-tout consensuel. « Le meilleur choix de poèmes est celui que l’on fait pour soi » (Éluard) (Essayer de choisir pour les autres est vain. Déjà beau que cette anthologie plaise à quelques personnes ayant un peu la même sensibilité que moi. Par exemple les poèmes de femmes que j’ai retenus, relativement nombreux d’ailleurs, n’ont pu l’être que par des yeux masculins. De même pour les poèmes religieux voire mystiques : si mon esprit de matérialiste les apprécie, c'est sûrement de manière peu orthodoxe.) La mise sous le regard d’autrui ainsi qu’une certaine professionnalisation de mon activité anthologistique m’ont obligé à explorer des pans de littérature que j’aurais ignorés sinon ; cependant je me suis toujours refusé à inclure ici des auteurs qui ne me toucheraient pas au moins pour un poème. C’est ainsi qu’on n’y trouvera rien de Leconte de L’Isle, principale exception pour le passé. Rien non plus, pour l’instant, de beaucoup des proclamés poètes du temps présent. Je perds peut-être quelque chose. Je suis peut-être un nase-been, voire un imbécile... Bah, si c’est le cas, mieux vaux passer pour un imbécile sincère que pour un poseur. « The chief, if not the only end of poetry, Dryden said, is to delight. It is with this end always in view that the following selection of English poetry has been made... » (Penguin book of English verse) J’aurais aimé m'attacher à choisir uniquement des poèmes pour leur magie propre. J’aurais aimé que l’importance de l’auteur dans l’histoire littéraire et dans la légende populaire ne soit pas à considérer, ou secondairement. Mais cela ne marche pas comme cela. Beaucoup de poèmes ne tiennent en tant que pièces d'anthologies qu'associés à l'image d'un génie qui les aurait produits. Ainsi j'avais une fascination pour le Ballet des heures tant que je croyais ce poème de Gérard de Nerval. Ainsi m'arrive-t-il de tomber sous le charme de tel poème « verlainien », avant de le savoir d'Anatole Le Braz. Cependant pourront être représentés ici des auteurs n’ayant produit d’œuvres fortes qu’exceptionnellement (et par hasard peut-être), ou de brillants techniciens dépourvus de génie (comme Jean Richepin), alors qu’en resteront absents des poètes prometteurs comme Maurice de Guérin. Le champ exploré est la langue française, éventuellement dialectale, depuis le moyen-français. Rien d’avant 1300 : cette poésie m'est trop difficile à comprendre sans traduction, lexique, appareil de notes... Ce me sont des textes en langue étrangère au bout du compte, de même que les œuvres des troubadours : tels poèmes de Yeats ou d’Emily Dickinson me seraient tout aussi abordables, et à mes contemporains francophones. Par ailleurs, il faut le dire, la poésie en ancien français me rebute pour être fruit d’une mentalité qui m’est incompréhensible si ce n’est intellectuellement. En vérité les premiers auteurs qui me parlent vraiment sont les incarcérés Villon et Charles d’Orléans : poésie personnelle, poésie de l’individu retiré de la société ou en révolte. (J’avais en tête d’intituler ceci Choix personnel dans la poésie personnelle mais Alain Jouffroy a déjà eu l'idée d'une Anthologie de la poésie française à la première personne du singulier.) Le poète est un imbécile. Le plus immense des imbéciles. Hélas trop souvent au monde il veut masquer son imbécilité ; et il devient mauvais. L’anthologie est actuellement restreinte aux œuvres composées avant 1981. C'est une bonne date : du jour où les socialistes sont arrivés au pouvoir, c'est comme si l'Art entier était devenu académique. C'est fou ce que les gens qui pondent de la « poésie » de nos jours peuvent m'ennuyer... On dirait que cette satanée « poésie » est l'art par excellence dans lequel s'engouffrent tous les gens prétentieux, sans goût artistique, et sans intelligence (donc sans humour). Pourquoi je m'intéresse à ça, me demandera-t-on alors ? Un vieil amour pour une poignée de maudits poètes d'antan... Une vieille habitude, de vieux garçon un peu vieille fille... À éliminer ou du moins à modérer, les pontes d'anciens « partis au pouvoir », mais qui restent catalogués « grand poètes » par inertie : Aragon bien sûr, mais aussi Éluard (je n'ai aucun plaisir à lire ses poèmes). Poèmes qui m'avaient touché, en première lecture. Et Saint-John Perse. (D'une certaine manière je préfère René Char, c'est vous dire !) Le vrai déshonneur du poète. Individualiste, j'ai honte pour ces poètes que j'aime un peu quand même et qui ont été pour un jour voire pour toujours encartés dans le Surréalisme. À tout prendre je les eusse préférés au PC... Les poèmes religieux de l'âge baroque (les tableaux sanglants de La Ceppède, les sermons de Drelincourt...), je me plais à les lire, mais comme l'apiculteur aime à admirer sa colonie d'abeilles. L'humanité dans ces choses-là me semble totalement étrangère à l'humanité dans laquelle je me sens vivre, totalement irréelle. (« Dieu », « l'Âme », « le Sauveur », dans ces poèmes, je les considère comme les Cupidon, Narcisse ou Tantale des anciens Grecs vus par Ronsard : personnages de contes.) Dans cette langue mouvante, le sens du mot poème et la notion de poésie ont eux-mêmes évolué au cours du temps. Au Grand Siècle, les tragédies de Racine étaient considérées comme de la poésie (dramatique), alors que les fables de La Fontaine étaient d'un genre secondaires. Ne parlons même pas des chansons populaires. Je donne à poème le sens que Baudelaire a magistralement réalisé : un texte compact, parfait jusque dans chacune de ses syllabes : essentiellement de la poésie lyrique. Je laisse donc de côté les poésies épique, dramatique, didactique, les fables, et même les épigrammes, sauf s’ils sont d’une beauté lyrique par ailleurs. Depuis Baudelaire également, le poème en prose est devenu une forme majeure de la poésie en langue française. (Les anthologies anglophones n’en citent pas : faut-il penser que ce recours à la prose soit dû à l’échec de la versification classique de la poésie française ?) J’en ai retenu quelques-uns. Mais j’ai évité les fragments de proses de provenances diverses tels qu’en affectionnent les anthologistes inspirés par le surréalisme. La Poésie est un art comme les autres : un art mineur. L'artisanat du langage comme la Vannerie est l'artisanat de l'osier. Une anthologie qui se respecte doit contenir une notice pour chaque auteur cité. On dispose de longues biographies pour certains d'entre eux, alors qu'autour des autres plane des légendes ou du mystère — et rien sur la couleur du ciel le jour de la composition des poèmes qui nous restent d'eux, ni sur les trajets et accidents de la promenade qui les fit naître. Si la poésie est difficile à définir, il est certain en tous cas qu'elle n'est pas faite par les poètes, — et surtout pas les autoproclamés ! La poésie est faite par ses lecteurs, et surtout ses re-re-lecteurs, ses mémorisateurs et remémorisateurs. Le langage, quelle horreur. J’ai inclus quelques chansons populaires : parfois leur texte, sans la musique, rivalise avec les meilleurs poèmes (il est même des textes de chansons qui sonnent mieux à mes oreilles sans leur mélodie d’origine, ou sans l’interprétation qui en fut faite). C’est d’ailleurs ce que font les anthologies anglophones alors qu’en France elles sont boudées : la chanson traditionnelle est mal connue dans ce pays, les gens s’en font une idée figée à partir de quelques recueils du 19e siècle. (Pour dire vrai, la chanson populaire me passionne autant sinon plus que la poésie.) « Elle a mis sur le mur à côté du berceau, une photo d'Arthur Rimbaud. Avec ses cheveux en brosse au dessus du berceau, elle trouve qu'il est beau, bravo ! » (Le chanteur Renaud) Coin de table. Les gens qui ont besoin de rêver d'un poète préfèrent Rimbaud à Verlaine. C'est que c'est plus facile de l'aimer (précoce adolescent, voyou de légende, voyageur...) quand Verlaine n'était qu'un catho soulard et qui battait sa mère. J'avais des collègues de boulot, jadis. Ils préféraient sûrement Rimbaud (ne me traînaient-ils pas sur ses traces : week-end d'entreprise au Club Med de Djibouti...) Mais j'ai rejoint Verlaine. La fourrière. Un poète doit battre sa mère ! Pour que la poésie contemporaine me passionne enfin, peut-être suffirait-il qu'un peu plus souvent André Velter et Alain Veinstein se battent au couteau. Présentation du texte des poèmesPour les textes du Moyen-Âge et de la Renaissance se pose aux éditeurs le problème de moderniser ou non l’orthographe et la ponctuation. Par chance (ou malchance...) cette anthologie numérique n’est pas limitée en nombre de pages de texte. Elle présentera donc, pour les textes antérieurs à 1700, à la fois une version modernisée et une version originale... si j’ai réussi à y accéder. Le lecteur choisira¹. La version modernisée est plus facile à lire pour le non-spécialiste. (À lire, mais également à prononcer : même des francophones cultivés interprètent faussement l’orthographe du 16e siècle, parlant de « [frãswa] » alors que le mot qui s’écrivait « françois » s’entendait [frãswé].) Mais elle a le désavantage de faussement donner une image moderne d’un texte où de nombreux mots ont pu dévier de sens. La version d’époque, au contraire, transporte le lecteur dans le temps, et lorsque je l’ai pu, je l’ai tenue aussi proche que possible de la page imprimée d’origine (non différenciation des « u/v » et « i/j » par exemple.) Pour ce qui est de la ponctuation, l’usage est de la normaliser selon les règles classiques. Pourtant la tendance moderne en poésie est plutôt à l’absence de toute ponctuation, comme au Moyen-Âge. J’ai donc essayé, même en modernisant, de respecter les anciens usages : deux-points, majuscules à certains noms communs, etc. (En vérité, mon opinion à ce sujet ayant évolué au cours des années, tous les textes ne respectent pas les mêmes règles...) Présentation de chaque auteurOutre la liste des textes retenus, la page consacrée à chaque auteur présente une rapide notice biographique (les faits marquants de sa vie) et une liste d’éditions récentes où le lire. La navigation hypertexte« Les machines sont les seules femmes que les Américains savent rendre heureuses. » (Paul Morand) Quelques précisions sur les différents modes de lectures de cette anthologie électronique : Parcours des œuvres d’un même auteurDans une page-texte, en cliquant sur les guillemets autour du libellé , on parcourt ses œuvres dans l’ordre de parution des recueils et de disposition à l’intérieur de chacun. Parcours chronologique des poèmesUne date a été affectée à chaque texte : soit son année de première publication, soit son année de composition, au mieux. Elle est indiquée dans le menu (en italique si c’est la date de composition). Les dates douteuses sont indiquées par un et les dates purement spéculatives par un . En cliquant sur les guillemets autour du libellé on parcourt l’anthologie chronologiquement. Une liste chronologique des poèmes est également disponible, utilisant cet ordonnancement. Liste chronologique des auteurs (par ordre de naissance)Cette page énumère les poètes, par année de naissance, en essayant de respecter l’échelle des temps, ce qui met en évidence des générations riches en « poètes », et des fossés entre ces générations. ( La liste alphabétique est également chronologique à sa manière : les auteurs récents étant décalés vers la droite. (D’autre part les auteurs importants y sont mis en relief : il s’agit d’une table tri-dimensionnelle !) ) Le menu de chaque page-auteur correspond à cette liste. Lecture aléatoireLe lecteur de poésie aime souvent à ouvrir le livre au hasard, une possibilité que ne proposent pas de manière naturelle les sites web ni les e-book. Florilège fut, à ma connaissance, le premier sur Internet à proposer une fonction de ce genre. Elle est disponible dans la plupart des pages du site (cliquer sur dans les pages texte, auteur...) ainsi que via option « Textes à lister / En désordre » de la page de recherche. Lectures surpriseDécouvrir un poème sans en connaître l’auteur peut permettre de faire d’heureuses découvertes, de revenir sur des préjugés... Plusieurs fonctionnalités de Florilège le permettent :
Une lecture que Florilège ne propose pasCette anthologie refuse la séparation des poètes en siècles, a fortiori leur regroupement en courants, écoles littéraires... Recherche sur combinaison de critèresLa page de recherche permet d’énumérer les textes répondant à un critères, ou une combinaison de critères, parmi lesquels :
LexiqueEn outre cette même page de recherche permet d’afficher les lexiques des mots employés :
(Ce lexique, créé informatiquement, sait regrouper singuliers et pluriels mais pas les formes verbales : cela pourrait bien sûr être amélioré...) Remerciements« La plupart des faiseurs de recueils de vers ou de bons mots ressemblent à ceux qui mangent des cerises ou des huîtres, choisissant d’abord les meilleures, et finissant par tout manger. » (Chamfort) La lecture des autres anthologistes
est pour beaucoup dans une récolte de poèmes.
Je cite la plupart de celles que j’ai consultées, dans la bibliographie. Merci aussi à Marta, dont l’œil, très critique, reste sur ceci ! Merci à nos clients des défuntes EMV.
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© Christian Tanguy, 1995-2011