Jean Antoine de Baïf 

 
   

Afin que pour jamais une marque demeure,
À l’âge qui viendra, comme vôtre je suis,
Je vous fais vœu du peu, mais du tout que je puis,
De peur que la mémoire avec nous ne s’en meure.
 
Je vous donne de moi la part qui est meilleure :
C’est l’esprit et la voix, qui, menés et conduits
Sous le flambeau d’Amour, des éternelles nuits
Sauveront votre nom paravant que je meure.
 
Et, si assez à temps je n’ai pas commencé
De m’employer pour vous, puisque la destinée,
Qui vous cachait à moi, m’en a désavancé :
 
Je ferai, comme fait le dévot Pèlerin,
Qui s’étant levé tard, pour faire sa journée,
Regagne à se hâter le temps et le chemin.

 

   

Afin que pour jamais une marque demeure,
A l’age qui viendra, comme vostre je suis,
Je vous fay vœu du peu, mais du tout que je puis,
De peur que la memoire avec nous ne s’en meure.
 
Je vous donne de moy la part qui est meilleure :
C’est l’esprit et la voix, qui, menez et conduis
Sous le flambeau d’Amour, des eternelles nuits
Sauveront vostre nom paravant que je meure.
 
Et, si assez à temps je n’ay pas commencé
De m’employer pour vous, puis que la destinée,
Qui vous cachoit à moy, m’en a desavancé :
 
Je feray, comme fait le devôt Pelerin,
Qui s’estant levé tard, pour faire sa journée,
Regagne à se haster le temps et le chemin.