Chamfort 
mercredi 16 mai 2012, 10:41 - ~ Choix : Anecdote
    J'ai lu, dans je ne sais quel voyageur, que certains sauvages de l'Afrique croient à l'immortalité de l'âme. Sans prétendre expliquer ce qu'elle devient, ils la croient errante, après la mort, dans les broussailles qui environnent leurs bourgades, et la cherchent plusieurs matinées de suite. Ne la trouvant pas, ils abandonnent cette recherche, et n'y pensent plus. C'est à peu près ce que nos philosophes ont fait, et avaient de meilleur à faire.

Sollers : Misère de la poésie 
mercredi 16 mai 2012, 10:11 - ~ Choix : Anecdote
    Numéro spécial du Monde intitulé « Poésies vivantes d'aujourd'hui ». Je lis :

Bonne te soit l'écoute ! Le silence
Est un seuil où, par voie de ce rameau
Qui casse imperceptiblement sous ta main qui cherche
À dégager un nom sous une pierre,
Nos noms absents désenchevêtrent tes alarmes,
Et pour toi qui t'éloignes, pensivement,
Ici devient là-bas sans cesser d'être.

    Je me demande de qui peut être ce charabia mélancolique et sourd. Voici : du « grand poète » Yves Bonnefoy, nobélisable.
    Misère de la poésie, livre à écrire. Mais, au fond, je n'écris rien d'autre.

(Sollers, L'Année du tigre, 15 août 1998)


Jacques Prevel  
lundi 23 avril 2012, 21:19 - ~ Choix : Anecdote
Samedi 16 novembre
    Au Flore avec Artaud. Il écrit longuement. Au bout d'une heure :
    — Qu'est-ce que vous lisez, monsieur Prevel ?
    — La Saison en enfer.
    — De qui ?
    — De Rimbaud.
    — Ah !

(En compagnie d'Antonin Artaud)


Toulet (carnet de M. du Paur) 
mardi 30 août 2011, 21:20 - ~ Choix : Anecdote
    Vouloir être remarqué pour sa tenue, quel mauvais goût et dont on est puni.
    C'est ainsi que Swendenborg, l'illuminé, rencontra (s'il l'en faut croire) un misérable esprit vêtu en ramoneur et fort affligé que les autres ne le voulussent point laisser entrer au ciel, - où sans doute il n'y a point de cheminées. Eh, que ne se mettait-il en ange, comme tout le monde.


Pierre Béarn sur Armand Robin 
lundi 10 mai 2010, 07:54 - ~ Choix : Anecdote
    Il aimait bavarder avec les femmes sans chercher à les séduire. Il nous parlait souvent d'une amoureuse qui habitait en Suisse. Nous ne l'avons jamais vu avec une femme. Il vivait SEUL dans l'intransigeance et le défi. Il n'allait chez ses parents qu'une fois tous les trois ans. Il nous parla même d'un appartement qu'il avait acheté à Sèvres et qu'il aménageait lui-même. Comment le croire ? Je n'ai jamais vérifié. L'eût-il admis ? Certainement pas. Malgré notre cordialité tapageuse, nos allées et venues de bistro en bistro, nos enthousiasmes, nos mépris parallèles, il restait un être détestablement inadapté, inadaptable. Je fus tout bonnement un des rares qu'il pouvait admettre. Il est vrai que je me gardais bien de le contrarier.

Un interview de William Cliff 
lundi 21 décembre 2009, 10:32 - ~ Choix : Anecdote



Armand Robin parle de Pouchkine ! 
mardi 10 novembre 2009, 22:03 - ~ Choix : Anecdote


    Trouvé sur le blog Littérature et culture arabes
    Je ne l'imaginais pas comme ça. Je ne l'imaginais pas du tout à vrai dire.

Prévert et l'aveugle 
samedi 17 octobre 2009, 07:38 - ~ Choix : Anecdote
    [...] [Jacques Prévert] rencontre à Vence un aveugle qui mendie.
    « Ça marche ?
    – Oh non ! Ces salauds, ils passent, mais mon chapeau reste vide.
    – Écoute, permets-moi de retourner ta pancarte, et je te garantis la fortune. »
    Quelques jours plus tard, Prévert revient et demande des nouvelles.
    « Formidable. Je me fais trois chapeaux par jour. »
    Au verseau d'« Aveugle sans pension», Jacquot avait écrit simplement :
    « Le printemps va venir, je ne le verrai pas. »

(Matthieu Galey, Journal 1953-1973, 22 octobre 1953)


Jehan-Rictus : (tout moi...) 
dimanche 22 mars 2009, 08:57 - ~ Choix : Anecdote
    Il a engueulé Fabre son vieil ami : pour un mot malheureux de ce dernier. Mais Fabre a toujours le mot malheureux et malveillant. Cela lui jaillit avec un bonheur épouvantable et quand on a une plaie vive si cachée soit-elle et même s’il l’ignore, il met le pied dessus comme par hasard et sans avoir l’air d’y toucher encore. C’est consternant.
(Journal, 11 février 1909)



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