Maurice ScèveAu lecteur

 
   

Le vain travail de voir divers pays
Apporte estime à qui vagabond erre,
Combien qu’il perde à changer ciel, et terre,
Ses meilleurs jours du temps larron trahis :
 
Ce temps perdu peut aux plus ébahis
Gagner encor son mérite, et acquerre
Son loyer dû, que mieux peuvent conquerre
Veille, et labeur d’oisiveté haïs.
 
Ainsi errant dessous ce cours Solaire
Tardif je tâche inutile à te plaire
Ne mendiant de toi autre faveur.
 
Ainsi le Lys jà flétri refleuronne,
Et le Figuier rejette sur l’Automne
Son second fruit, mais vert, et sans saveur.

 

   

Le vain travail de voir divers païs
Aporte estime à qui vagabond erre,
Combien qu’il perde à changer ciel, et terre,
Ses meilleurs jours du tems larron trahis :
 
Ce tems perdu peut aux plus esbahis
Gaigner encor son merite, et acquerre
Son loyer deu, que mieux peuvent conquerre
Veille, et labeur d’oisiveté haïs.
 
Ainsi errant dessous ce cours Solaire
Tardif je tasche inutile à te plaire
Ne mendiant de toi autre faveur.
 
Ainsi le Lys jà flestri refleuronne,
Et le Figuier regette sur l’Autonne
Son second fruict, mais vert, et sans saveur.